Mouloud Mammeri
Qui est dd'a l'Mouloud ?
Doit-on présenter l’auteur de La Colline oubliée ou de L’Opium et le bâton? On ne le fera jamais assez.
Dix-neuf ans déjà: le 25 février 1989, un géant de la littérature algérienne trouva la mort sur la route près de Aïn Defla, une branche détachée par le foehn dit-on, alla frapper mortellement le grand homme! Tamazgha et la Kabylie s’en souviennent.
Mouloud Mammeri est né le 28 décembre 1917 dans l’un des villages de la colline oubliée, plus exactement à Taourirt Mimoun à Beni Yenni. Mammeri a fait ses études, d’abord à l’école Verdi qui était à l’époque l’école communale de Beni Yenni pour ensuite poursuivre ses études secondaires au lycée Gouraud au Maroc. Il rentre en Algérie et sera mobilisé en 1934 pour être libéré en 1940. Il s’inscrit à la Faculté des lettres d’Alger. Remobilisé après le débarquement américain en Afrique du Nord, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.
A la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de lettres. Il renonce à l’agrégation car soumise depuis 1945 à une condition de naturalisation et rentre à Alger, en septembre 1947. Il est alors enseignant à Médéa puis à Ben Aknoun et lors de l’épopée nationale, il participe à sa façon. Il rédigea ainsi et à la demande de feu M’hamed Yazid, un rapport qui sera exploité par la délégation algérienne à l’ONU Bouakkaz, comme aimaient à l’appeler les responsables du FLN/ALN, ne portait pas cela en bandoulière. Son sens du devoir joint à sa «timidité» de grand homme empêchait Dda L’Mouloud de faire acte de ces faits. Sous la pression, il quitte l’Algérie en 1957. Ensuite, il enseigne au Maroc jusqu’en 1962 pour rejoindre le pays au lendemain de l’Indépendance. Maître de la chaire berbère à l’université d’Alger de 1962 à 1969, directeur du Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques d’Alger (Crape) jusqu’en 1979 tout en donnant des cours à l’université d’Alger. Il animera ensuite, bénévolement, des cours de langue berbère jusqu’en 1973. Il eut également un passage éphémère à la tête de la première Union nationale des écrivains algériens qu’«il abandonnera» pour discordance de vues sur le rôle de l’écrivain.
En 1982, il fonda à Paris le Centre d’études et de recherches amazighes (Ceram) et la revue Awal; de même, il anima un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess). Mammeri était un écrivain fécond. Son engagement pour tamazight s’est traduit par de nombreuses oeuvres tels les poèmes ou isefra de Si Mohand en 1973, la grammaire kabyle et bien d’autres travaux à caractère anthropologique ou encore ses recherches qui le menèrent dans le Gourara. Est-il utile de présenter l’auteur de La Colline oubliée ou de L’Opium et le bâton, certes non. Mais il s’était trouvé, en avril 1980, des journalistes, se disant plus nationalistes que les autres, ont dans un article resté gravé dans les esprits, intitulé Les donneurs de leçons, s’en prirent à Dda Mouloud, un géant! Ces nains ont essayé en vain, de lui décocher des flèches et refusèrent jusqu’à son droit de réponse! Mammeri, homme fort, n’a, en fait, pas été touché par ces viles insinuations, l’auteur de La Colline oubliée, Le sommeil du juste et L’Opium et le bâton est au-dessus de tout. Car, et il le disait: «Quand trop de sécheresse brûle les coeurs, quand la faim tord trop d’entrailles, quand on rentre trop de larmes, quand on bâillonne trop de rêves, c’est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher...» Mouloud Mammeri est mort, mais en fait, il est vivant dans nos coeurs. Alors que les «donneurs de leçons» passent comme s’ils n’ont jamais existé!
Bibliographie :
« Ses romans représentent, si l'on veut, quatre moments de l'Algérie :
La Colline oubliée les années 1942 et le malaise dans le village natal avec le départ pour le pays des "autres";
Le Sommeil du juste l'expérience de l'Algérien chez ceux-ci et le retour, déçu, chez les siens;
L'Opium et le bâton la guerre de libération dans un village de la montagne kabyle (...).
Enfin La Traversée depuis 1962 se termine sur le désenchantement (...). 'La mystique est retombée en politique', le dogme et la servitude sont 'programmés'. »
- Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984, p. 158
Romans :
- La Colline oubliée, Paris, Plon, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d’éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 ; Paris, Folio Gallimard, 1992 (ISBN 200384748).
- Le Sommeil du juste, Paris , Plon, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d’éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 .
- L’Opium et le bâton, Paris, Plon, 1965, 2nde édition, Paris, Union Générale d’éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 , Paris, La Découverte et 1992.
- La Traversée, Paris, Plon, 1982, 2nde édition, Alger, Bouchène, 1992.
Nouvelles :
- « Ameur des arcades et l’ordre », Paris, 1953, Plon, « La table ronde », n°72.
- « Le Zèbre », Preuves, Paris, N° 76, Juin 1957, PP. 33-67.
- « La Meute », Europe, Paris, N°567-568, Juillet-Août 1976.
- « L’Hibiscus », Montréal, 1985, Dérives N°49, PP. 67-80.
- « Le Désert Atavique », Paris, 1981, quotidien Le Monde du 16 Août 1981.
- « Ténéré Atavique », Paris, 1983, Revue Autrement N°05.
- « Escales », Alger, 1985, Révolution africaine; Paris, 1992, La Découverte.
Théâtre :
- « Le Foehn ou la preuve par neuf », Paris, PubliSud, 1982, 2nde édition, Paris, pièce jouée à Alger en 1967.
- « Le Banquet », précédé d’un dossier, la mort absurde des aztèques, Paris, Librairie académique Perrin, 1973.
- « La Cité du soleil », sortie en trois tableaux, Alger, 1987, Laphomic, M. Mammeri : Entretien avec Tahar Djaout, pp. 62-94.
Traduction et critique littéraire :
- « Les Isefra de Si Mohand ou M’hand », texte berbère et traduction, Paris, Maspero, 1969, 1978 et 1982; Paris, La Découverte, 1987 et 1994.
- « Poèmes kabyles anciens », textes berbères et français, Paris, Maspero, 1980; Paris, La Découverte, 2001 .
- « L ‘Ahellil du Gourara », Paris, M.S.H., 1984.
- « Yenna-yas Ccix Muhand », Alger, Laphomic, 1989.
- « Machaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas.
- « Tellem chaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas, 1980.
Grammaire et linguistique :
- « Tajerrumt n tmazigt (tantala taqbaylit) », Paris, Maspero, 1976.
- « Précis de grammaire berbère », Paris, Awal, 1988.
- « Lexique français-touareg », en collaboration avec J.M. Cortade, Paris, Arts et métiers graphiques, 1967.
- « Amawal Tamazigt-Français et Français-Tamazigt », Imedyazen, Paris, 1980.
- « Awal », cahiers d’études berbères, sous la direction de M. Mammeri, 1985-1989, Paris, Awal

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